La grille AGGIR ne mesure pas la dépendance au sens médical. Elle classe des profils fonctionnels selon dix variables discriminantes, et c’est cette distinction qui échappe à la plupart des familles lors de la première évaluation GIR d’un proche. Nous observons régulièrement des aidants qui confondent diagnostic médical et cotation AGGIR, ce qui fausse leurs attentes sur le montant d’APA obtenu et le plan d’aide proposé.
Variables discriminantes de la grille AGGIR : ce que l’évaluateur observe vraiment
L’équipe médico-sociale du conseil départemental cote chaque variable en trois niveaux : A (fait seul, spontanément, totalement, habituellement et correctement), B (fait partiellement) ou C (ne fait pas). Seules les dix variables discriminantes déterminent le GIR. Les sept variables illustratives (gestion du budget, utilisation des transports, activités de temps libre) ne pèsent pas dans le calcul du groupe.
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Ce point technique a des conséquences directes pour la famille. Un proche qui ne gère plus ses comptes ni ses courses mais qui se lave, s’habille et se déplace seul peut être classé GIR 5 ou 6, donc inéligible à l’APA. La perte d’autonomie sur les variables illustratives, aussi visible soit-elle au quotidien, ne modifie pas le classement.
- Cohérence et orientation : deux variables mentales évaluées en premier, qui pèsent lourd dans le résultat algorithmique
- Toilette et habillage : cotées séparément, haut et bas du corps, ce qui peut donner un B même si la personne se lave le visage seule
- Alimentation : distingue le fait de se servir et le fait de manger, deux actes distincts dans la grille
- Transferts et déplacements intérieurs : la capacité à se lever et à circuler dans le logement, chronométrée de façon implicite par l’évaluateur
- Communication à distance : inclut l’usage du téléphone, souvent sous-estimée par les familles qui appellent elles-mêmes
La cotation est algorithmique. L’évaluateur ne choisit pas le GIR manuellement : il renseigne les variables, et un logiciel national produit le classement. Ce mécanisme rend la contestation plus technique qu’un simple désaccord d’appréciation.
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Anticiper une dégradation de GIR avec des outils numériques de suivi précoce
Attendre la visite d’évaluation officielle pour constater une perte d’autonomie revient à documenter un état déjà installé. Nous recommandons aux familles d’utiliser des outils numériques de suivi précoce pour objectiver l’évolution fonctionnelle entre deux évaluations AGGIR.
Ce que ces outils mesurent avant l’évaluateur
Plusieurs applications et dispositifs connectés permettent aujourd’hui de suivre les activités quotidiennes d’une personne âgée à domicile : capteurs de mouvement, trackers d’activité simplifiés, applications de stimulation cognitive. Un ralentissement mesurable des déplacements intérieurs ou une baisse des scores cognitifs sur plusieurs semaines constitue un signal d’alerte concret à transmettre au médecin traitant.
Le rapport annuel de la CNSA de mars 2026 documente d’ailleurs une tendance à la hausse des évaluations AGGIR réalisées en visioconférence depuis 2024. Cette évolution facilite l’accès en zone rurale, mais elle rend aussi plus pertinent le fait de disposer de données objectives collectées au domicile, puisque l’évaluateur ne perçoit pas toujours l’environnement réel à travers un écran.
Constituer un dossier exploitable pour la réévaluation
Un journal numérique horodaté des difficultés observées (chutes, oublis de repas, erreurs de prise de médicaments) a plus de poids qu’un témoignage oral lors d’une demande de révision de GIR. Les familles qui documentent les variables discriminantes avec des relevés datés obtiennent plus facilement une réévaluation par l’équipe médico-sociale du département.
Horodater chaque incident sur une application dédiée transforme un ressenti familial en élément factuel. C’est la différence entre « il va moins bien » et « les déplacements intérieurs ont diminué de moitié en trois mois selon le capteur installé dans le couloir ».
Contester ou demander une révision du GIR auprès du conseil départemental
La famille peut demander une révision du GIR à tout moment, sans attendre l’échéance du plan d’aide. La demande s’adresse au président du conseil départemental qui a attribué l’APA. Il n’existe pas de délai minimum entre deux évaluations si l’état de santé du proche a évolué.
En pratique, la révision aboutit plus souvent quand la famille fournit un certificat médical récent et des éléments factuels précis sur la dégradation des variables discriminantes. Un courrier mentionnant « mon père a perdu en autonomie » ne déclenche pas la même réactivité qu’un dossier structuré autour des variables AGGIR concernées.
- Joindre un certificat du médecin traitant décrivant l’évolution fonctionnelle, pas uniquement le diagnostic
- Lister les variables discriminantes impactées en reprenant la terminologie AGGIR (cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements)
- Fournir les relevés numériques ou le journal d’incidents si disponibles
- Préciser si la personne vit seule, car l’isolement accentue l’impact fonctionnel de chaque variable dégradée

GIR et montant d’APA à domicile : le lien direct entre classement et plan d’aide
Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA. Le montant maximal du plan d’aide varie selon le groupe, et le reste à charge dépend des revenus du bénéficiaire. Un classement en GIR 4 donne accès à un plan d’aide nettement inférieur à celui d’un GIR 1, ce qui explique l’enjeu d’une cotation précise dès la première évaluation.
Les familles sous-estiment souvent l’écart. Passer de GIR 4 à GIR 3 peut doubler le volume d’heures d’aide à domicile financées par le département. Ce basculement intervient notamment quand les variables « toilette » et « habillage » passent de B à C, c’est-à-dire quand la personne ne réalise plus du tout ces actes, même partiellement.
En EHPAD, le GIR influence le tarif dépendance facturé. Un résident classé GIR 1-2 paie un tarif dépendance plus élevé qu’un résident GIR 5-6, mais bénéficie en contrepartie d’une prise en charge APA plus importante. La famille a intérêt à vérifier que le GIR a été réévalué après l’entrée en établissement, car le passage du domicile à l’EHPAD modifie parfois la cotation de plusieurs variables.
Le GIR reste un outil administratif, pas un pronostic. Deux personnes classées au même GIR peuvent avoir des besoins très différents selon la combinaison de variables impactées. La famille qui maîtrise le fonctionnement de la grille AGGIR négocie mieux le contenu du plan d’aide avec l’équipe médico-sociale, au-delà du simple classement chiffré.
