Gir 1 à 6 : que faire en cas de désaccord avec la grille Aggir ?

La grille AGGIR classe chaque personne âgée dans un groupe iso-ressources (GIR) de 1 à 6, et ce classement conditionne l’accès à l’Allocation Personnalisée d’Autonomie. Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA.

Un écart entre le GIR attribué et la réalité quotidienne observée par les proches n’a rien d’exceptionnel : la cotation repose sur une visite ponctuelle, réalisée dans un contexte qui ne reflète pas toujours l’ensemble des difficultés. Comprendre ce qui se joue pendant l’évaluation, et surtout ce qui peut être contesté, permet d’agir avec méthode.

Variables discriminantes de la grille AGGIR : ce que l’évaluateur cote réellement

La grille AGGIR repose sur 17 variables, mais seules 10 d’entre elles sont dites « discriminantes » et déterminent le GIR. Les 7 autres servent à construire le plan d’aide sans peser sur le classement. Cette distinction est la première source de malentendu.

Un proche peut avoir besoin d’aide pour la cuisine ou le ménage (variables illustratives) sans que cela modifie son GIR. À l’inverse, une difficulté partielle sur la toilette, l’habillage ou l’orientation dans le temps suffit parfois à faire basculer d’un groupe à l’autre.

Type de variable Exemples Impact sur le GIR
Discriminante (10) Cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements intérieurs, déplacements extérieurs, communication à distance Détermine directement le classement GIR 1 à 6
Illustrative (7) Gestion du budget, cuisine, ménage, transport, achats, suivi du traitement, activités de temps libre Aucun impact sur le GIR, sert au plan d’aide

Chaque variable discriminante est cotée A (fait seul, correctement, habituellement), B (fait partiellement) ou C (ne fait pas). Le passage de A à B sur deux ou trois variables discriminantes peut suffire à changer de GIR. Lors de la visite, l’évaluateur observe l’acte tel qu’il est réellement accompli, pas tel que la personne déclare pouvoir le faire.

Un fils accompagne son père en fauteuil roulant lors d'une démarche administrative pour contester une évaluation GIR

Écarts fréquents entre le GIR attribué et la perte d’autonomie constatée

Plusieurs situations expliquent qu’un GIR semble sous-évalué. Les identifier avant de contester permet de cibler l’argumentaire.

L’effet « bon jour » lors de la visite

L’évaluation se déroule souvent sur un créneau où la personne âgée mobilise ses ressources. Fatigue, douleurs chroniques, désorientation nocturne ne sont pas visibles à ce moment-là. Une visite unique ne capte pas les fluctuations quotidiennes.

Troubles cognitifs sous-estimés

Une personne atteinte de troubles cognitifs débutants peut donner le change en conversation. La cohérence et l’orientation, deux variables discriminantes, sont alors cotées A alors que la famille observe des oublis répétés, une incapacité à gérer un traitement ou une perte de repères temporels.

Contexte matériel masquant la dépendance

Un logement parfaitement adapté (barres d’appui, lit médicalisé, présence constante d’un aidant) donne l’impression que la personne accomplit seule les gestes du quotidien. L’évaluateur doit coter la capacité intrinsèque, pas le résultat obtenu grâce aux aides techniques ou humaines. Cette nuance est régulièrement source de cotation trop favorable.

Recours contre le GIR : les étapes concrètes à suivre

La contestation d’un GIR suit un parcours encadré. Deux voies se succèdent si la première échoue.

  • Le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) est adressé au président du conseil départemental. Il doit être motivé et accompagné de pièces justificatives (certificats médicaux, compte-rendus d’hospitalisation, témoignages d’aidants décrivant les actes de la vie quotidienne).
  • Si le RAPO est rejeté ou reste sans réponse, un recours contentieux peut être introduit devant le tribunal administratif. Le juge peut ordonner une nouvelle évaluation par un médecin expert indépendant.
  • À tout moment, une demande de réévaluation est possible auprès du département si l’état de santé de la personne a évolué depuis la dernière visite. Cette demande ne nécessite pas d’attendre le rejet d’un recours.

Le RAPO est la première étape à ne pas négliger. Le courrier doit mentionner la date de la notification du GIR, les variables discriminantes concernées et les éléments factuels contredisant la cotation retenue.

Préparer un dossier solide avant le recours

Un recours sans pièce médicale récente a peu de chances d’aboutir. Le dossier gagne à inclure un certificat médical détaillé décrivant les limitations fonctionnelles, un journal de bord tenu par l’aidant sur plusieurs semaines (horaires de lever, incidents, aide apportée), et si possible un bilan réalisé par un ergothérapeute.

Documenter les actes échoués sur plusieurs jours pèse plus qu’un simple désaccord verbal. Le conseil départemental examine des faits datés, pas un ressenti global.

Une médecin gériatre révise un dossier d'évaluation de dépendance pour aider à contester un classement GIR

Attestation GIR par un professionnel de santé : une nouvelle donne avec MaPrimeAdapt’

Pour les dossiers MaPrimeAdapt’ déposés à compter du 1er septembre 2026, la délibération n°2026-23 de l’Agence nationale de l’habitat ouvre une possibilité inédite. Pour les personnes de 60 à 69 ans, le GIR peut être attesté par un médecin, un ergothérapeute ou un infirmier diplômé d’État, et plus seulement par le département ou un organisme de sécurité sociale.

Cette attestation ne remplace pas le GIR officiel utilisé pour l’APA. En revanche, elle crée un document opposable dans le cadre de MaPrimeAdapt’ et constitue un levier argumentaire en cas de contestation. Une personne classée GIR 5 par le département, donc exclue de l’APA, peut disposer d’une attestation d’un professionnel de santé évaluant un niveau de perte d’autonomie différent.

La procédure de recours contre un refus MaPrimeAdapt’ exige une argumentation structurée : dates, règles applicables, faits établissant le GIR. Cette exigence pousse à documenter la perte d’autonomie avec une rigueur qui sert aussi un éventuel RAPO pour l’APA.

Formulaire AGGIR mis à jour en janvier 2026 : vérifier la version utilisée

Le cerfa officiel de la grille AGGIR a été actualisé en janvier 2026. Lors d’un recours, vérifier que l’évaluation contestée a bien été réalisée sur la version en vigueur est un réflexe utile. Une cotation effectuée sur un formulaire obsolète peut constituer un argument de procédure, même si les variables discriminantes restent identiques.

Le GIR attribué à un proche n’est pas une décision figée. L’évaluation peut être redemandée dès qu’un changement d’état de santé le justifie, sans délai minimal entre deux demandes. Conserver chaque document médical, chaque compte-rendu de visite et chaque courrier échangé avec le département reste le meilleur investissement pour faire reconnaître la réalité d’une perte d’autonomie.