Un majeur sous tutelle ne peut exercer la fonction de tuteur, même au profit de ses propres enfants. La loi écarte aussi l’ensemble des personnes condamnées pour certains délits ou crimes, quelle que soit la nature de leur lien avec la personne protégée. Des conflits d’intérêts, même potentiels, suffisent à rendre une candidature irrecevable.
Certaines exclusions s’appliquent systématiquement, d’autres laissent place à l’appréciation du juge. Les règles ne coïncident pas toujours avec la volonté des familles ou les attentes des proches.
Qui peut être tuteur ? Le cadre légal en bref
La désignation d’un tuteur s’inscrit dans un cadre imposé par le code civil et les principes de la protection juridique. En France, la famille proche, ascendants, descendants, conjoint, partenaire de Pacs ou compagnon, arrive en tête des choix possibles. Mais la priorité n’efface pas les vérifications : le juge des tutelles s’assure que la personne pressentie présente toutes les garanties, tant sur le plan moral que matériel, et qu’aucun intérêt personnel ne vienne brouiller les cartes.
Le majeur protégé ne peut désigner n’importe quel candidat. Si la famille n’est pas en mesure de remplir ce rôle, ou si des tensions existent, le juge peut élargir la recherche à un voisin, un ami, ou même un professionnel reconnu, tel qu’un mandataire judiciaire à la protection des majeurs.
Voici comment s’organise la désignation :
- Le conseil de famille peut suggérer un tuteur, mais seul le juge tranche.
- La personne majeure protégée garde un droit de regard, si son état de santé le lui permet.
Plusieurs filtres sont posés par la loi. Le juge des tutelles examine scrupuleusement chaque dossier : passé judiciaire, compétences, disponibilité, tout est passé au crible. La volonté du majeur protégé, lorsqu’elle peut s’exprimer, pèse aussi dans la décision. Chaque protection des majeurs s’adapte à la singularité des situations. L’intérêt du majeur reste la boussole de toute la procédure, avec une exigence de transparence. Les professionnels, souvent issus d’associations ou d’organismes agréés, n’interviennent qu’en dernier recours, lorsque nul dans l’entourage ne peut assumer cette responsabilité.
Des exclusions parfois méconnues : qui est automatiquement écarté de la tutelle ?
Certains profils sont d’emblée exclus du rôle de tuteur, sans que le juge ait à apprécier la situation. Le code civil et le code de la santé publique dressent une liste stricte de personnes qui n’ont pas accès à ce mandat de protection juridique. Cette sélection ne concerne pas seulement la famille proche, mais aussi l’entourage élargi et les acteurs professionnels.
La liste des exclusions automatiques est la suivante :
- Toute personne placée sous sauvegarde de justice, curatelle ou déjà sous tutelle est exclue d’office.
- Un professionnel de santé qui suit régulièrement la personne protégée, sauf s’il est parent ou allié, ne peut être désigné, pour éviter toute suspicion de partialité.
- Les salariés ou bénévoles d’établissements sociaux ou médicaux-sociaux accueillant la personne concernée ne sont pas éligibles, sauf s’ils appartiennent à la famille.
La loi cible également les personnes condamnées pour des infractions incompatibles avec la gestion des affaires d’autrui : vol, escroquerie, abus de confiance, la liste est claire. Le juge des tutelles procède à des contrôles systématiques. Toute personne dont l’état de santé rend impossible l’exercice de la tutelle, qu’il s’agisse d’un trouble psychique sévère ou d’une perte d’autonomie majeure, est automatiquement écartée. Ces règles protègent la personne sous tutelle contre toute dérive et garantissent l’intégrité de la mesure de protection. Les marges de manœuvre sont rares et nécessitent toujours une autorisation du juge.
Questions fréquentes : les situations particulières et leurs exceptions
Les dossiers de tutelle comportent parfois des situations atypiques. Les familles se tournent alors vers le tribunal pour obtenir des éclaircissements sur des cas qui semblent ne pas entrer dans le moule. Le code civil, s’il reste strict, prévoit aussi quelques ouvertures sous conditions. Les exceptions tuteur existent, mais elles sont surveillées de près.
Peut-on désigner un proche malgré une exclusion ?
Dans certaines circonstances, un parent ou allié travaillant dans un établissement accueillant le majeur peut obtenir, après évaluation du juge, le droit de devenir tuteur. Le magistrat étudie la situation familiale et l’intérêt du majeur protégé. À l’inverse, un professionnel extérieur sans lien familial ne peut bénéficier de cette dérogation.
Qu’en est-il des droits fondamentaux de la personne majeure protégée ?
La liberté de la personne reste une priorité. Certains choix, se marier, choisir son domicile, rédiger un testament, relèvent toujours de la sphère personnelle. Le tuteur n’a pas la main sur ces décisions, sauf si le juge l’autorise explicitement. Le consentement de la personne protégée est systématiquement recherché, chaque fois que cela est possible.
Voici quelques points clés à retenir sur les droits du majeur :
- Le droit de vote n’est plus retiré automatiquement. Seul le juge peut en décider autrement, par décision motivée.
- Pour les actes de disposition importants (vente, donation), l’accord du juge est obligatoire, même avec un tuteur en place.
La désignation d’une personne de confiance, prévue par le code de la santé publique, ne confère aucun droit direct à la tutelle. À chaque fois, le juge examine la situation en prenant en compte l’intérêt du majeur à protéger.
Comprendre les conséquences d’une inéligibilité au rôle de tuteur
Un refus de candidature à la tutelle ne se limite pas à une déception personnelle. Une inéligibilité au rôle de tuteur peut bouleverser l’équilibre familial et forcer à repenser entièrement la protection du majeur concerné. Si un proche est écarté, le juge agit vite pour garantir la continuité de la mesure de protection.
Remplacement et alternatives
En cas d’exclusion, le juge désigne un remplaçant : soit un autre membre de la famille jugé apte, soit, à défaut, un mandataire judiciaire à la protection des majeurs. Ce professionnel indépendant prend alors le relais. Lorsqu’un conflit d’intérêts se présente, la nomination d’un tuteur ad hoc assure une gestion impartiale.
Voici ce qui change concrètement lorsqu’un tuteur doit être remplacé :
- Un subrogé tuteur peut être désigné pour surveiller la gestion du tuteur principal, renforçant ainsi la sécurité des décisions prises.
- La tenue d’un compte de gestion et la réalisation d’un inventaire des biens restent obligatoires, peu importe la personne désignée.
L’exclusion d’un tuteur entraîne aussi des démarches auprès des organismes administratifs et financiers : banques, caisses de retraite, services sociaux doivent être informés du changement de représentant légal. Quand les tensions persistent, le recours à une procédure de médiation familiale peut être proposé par le juge, pour rétablir le dialogue et remettre la protection du majeur au centre des priorités.
La tutelle, derrière ses textes et procédures, engage des vies et des équilibres. Là où la loi trace ses lignes de force, chaque histoire vient rappeler que la protection juridique n’est jamais une mécanique froide, mais un appui façonné pour les fragilités humaines.

